Message de Noël de Sa Sainteté le patriarche CYRILLE de Moscou et de toute la Russie

Bien-aimés dans le Seigneur archipasteurs, vénérables prêtres et diacres, moines et moniales aimant Dieu, chers frères et sœurs,

unnamed-13.jpg

Bonne et lumineuse fête de la Nativité du Christ à tous !

En ce jour, l’Église céleste et terrestre triomphe, se réjouissant de la venue au monde de notre Seigneur et Sauveur ; elle loue et rend grâce à Dieu de Sa clémence et de Son amour pour le genre humain. Avec quel frisson spirituel écoutons-nous le chant « le Christ naît, glorifiez ! le Christ descend des cieux, allez à Sa rencontre ! » (hirmos du canon de la Nativité du Christ) ! Emplis de dévotion et d’espoir, nos regards se tournent vers la grotte de Bethléem, où, dans une humble crèche, l’Enfant-Dieu repose, emmailloté dans Ses langes.
En vérité, il s’est accompli « le grand mystère de la piété : celui qui a été manifesté en chair, justifié par l’Esprit, vu des anges, prêché aux Gentils, cru dans le monde, élevé dans la gloire » (I Tm 3,16). Impossible de pénétrer totalement le mystère de l’Incarnation, impossible de comprendre comment Celui qui est la source de tout ce qui existe est maintenant réchauffé par le souffle d’animaux ! Le Créateur de l’univers s’humilie en prenant la forme d’une créature ! Le Fils de Dieu devient Fils de l’homme. « Ne cherchez pas comment cela a pu être accompli, prévient saint Jean Chrysostome, car lorsque Dieu veut, l’ordre de la nature doit céder. Il a voulu, Il a eu la puissance, Il est descendu. Il nous a sauvés. La volonté de Dieu s’accomplit en toutes choses. Celui qui Est aujourd’hui est né! Celui qui Est devient ce qu’Il n’était pas. Car tout en étant Dieu, Il devint homme, sans abandonner Sa divinité » (Homélie sur la Nativité de notre Sauveur Jésus Christ).

Célébrant la fête de la Nativité du Christ, par laquelle le monde fut sauvé, nous réfléchissons au sens spirituel intangible de cet évènement-clé pour l’ensemble de l’humanité. Et cela est bon. Mais il faut aussi prendre conscience de la dimension personnelle du mystère de l’Incarnation divine pour chacun de nous : ce n’est pas pour rien, en effet, qu’en priant le Seigneur, nous l’appelons notre Sauveur.

L’expérience montre l’homme incapable de surmonter le mal en lui, malgré tous ses efforts pour l’extirper. Aucune pratique spirituelle, aucun training psychologique ne peut vaincre le péché, qui a profondément atteint l’âme et déformé la nature humaine. Dieu seul est capable de guérir et de rétablir l’homme dans sa beauté originelle. « Pourquoi notre Seigneur a-t-il revêtu la chair ? » interroge saint Ephrem le Syrien, avant de répondre : « Pour que la chair goûte aussi la joie de la victoire, qu’elle connaisse les dons de la grâce et en soit comblée…, pour que les hommes s’élèvent comme sur des ailes vers Lui et trouvent en Lui seul le repos » (Commentaire sur les Quatre Évangiles, chap. I). L’incarnation du Christ libère de l’esclavage du péché et ouvre le chemin du salut.

« Je suis comme une lumière dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » (Jn 12,46), dit le Seigneur. Comme l’étoile de Bethléem, qui conduisit à l’Enfant Jésus les mages venus d’Orient, nous, chrétiens, sommes des enfants de lumière (Jn 12,36), appelés à être la lumière du monde (Mt 5,14), afin que nos proches, voyant l’exemple de notre fermeté et de notre courage, de notre longanimité et de notre noblesse spirituelle, de notre générosité et de notre charité sincère, « glorifient Dieu au jour où il les visitera » (I P 2,12).

Aujourd’hui, alors que les peuples de la terre vivent l’épreuve d’une maladie nouvelle, alors que les cœurs s’étreignent de peur et d’angoisse devant l’avenir, nous devons intensifier notre prière en église et notre prière personnelle, faire à Dieu l’offrande de nos bonnes œuvres. Beaucoup de nos frères et sœurs, frappés par le fléau de la maladie, sont privés de la consolation de la liturgie. Prions pour eux le Créateur miséricordieux : qu’Il renouvelle leurs forces morales et corporelles, qu’Il accorde aux malades une prompte guérison et qu’Il envoie Son aide aux médecins et aux soignants se dépensant sans compter pour sauver des santés et des vies.

N’oublions pas qu’aucun problème ne peut briser l’esprit qui garde une foi vivante et se repose sur Dieu en toute chose. Accueillons donc sans broncher les épreuves qui nous frappent, car, si je me fie à Lui, il sera mon sanctuaire, car Dieu est avec nous (Grandes complies), chante l’Église du Christ en ces jours saints de Noël. Prions pour que la lumière incorruptible de la Divinité illumine aussi l’humble grotte de notre vie, pour que notre cœur brisé et contrit accueille dévotement le Sauveur venu dans le monde, comme jadis la crèche de Béthléem.

Dieu n’est pas à l’étroit dans le cœur humain, s’il est empli d’amour. « L’ouvrier de la charité vivra avec les anges et règnera avec le Christ », témoigne saint Ephrem le Syrien (Discours sur les vertus et les vices, 3). Que les saints jours de la fête soient pour nous un temps pour les bonnes actions. Profitons de cette grâce et glorifions Jésus Christ naissant, nous montrant miséricordieux envers nos proches, aidant les nécessiteux, consolant les affligés et, peut-être, en premier lieu, ceux qui souffrent du COVID-19 ou de ses effets.

Que le Seigneur illumine les peuples de la terre de la lumière de Sa connaissance. Qu’Il les bénisse en leur donnant la paix. Qu’Il nous aide à prendre conscience que nous sommes responsables du présent et de l’avenir de la planète. Que l’Enfant-Dieu naissant envoie l’amour et la concorde à nos familles, qu’Il garde les jeunes, qu’Il nous garde tous des péchés et des erreurs dangereuses. Une fois encore, chers pères, frères et sœurs, je vous souhaite une bonne et lumineuse fête de la Nativité du Christ, ainsi qu’une bonne santé, la joie inépuisable et l’aide abondante de Dieu, véritable lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout homme » (Jn 1,9). Amen

+ CYRILLE, PATRIARCHE DE MOSCOU ET DE TOUTE LA RUSSIE

Moscou,

Nativité du Christ

2020/2021